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Canton des Grisons, Suisse
Notre nain de jardin fugueur, Peter, nous emmène aujourd'hui dans les
Grisons. Le plus grand canton suisse, qui occupe à lui seul un sixième
de tout le territoire. Pour nous, Romands, c'est ce qu'il y a de plus
loin. Il faut traverser tout le pays, mais Peter en a vu d'autres… 5
heures plus tard nous atteignons Coire, le chef-lieu des Grisons.
Trouver un hôtel dans les Grisons
Coire
Coire, petite ville de 34 000 habitants, dans la vallée du Rhin. L'animation
se concentre sur les terrasses du centre piéton, l'un des plus vastes
du pays. Pavés, fontaines fleuries, maisons typiques sur lesquelles
les habitants racontent des histoires. Certains édifices remontent au
12e siècle. Coire se présente comme l'une des plus anciennes et des
plus ensoleillées villes de Suisse.
Davos
Derrière la ville, déjà la nature reprend ses droits. Et quelle nature
! Il n'y a que les Grisons capables d'offrir de tels paysages. 150 vallées,
600 lacs, tous plus bleus et plus beaux que les autres. Autour, de majestueuses
montagnes, parcourues de multitudes de cours d'eau. Voilà le vrai visage
des Grisons, mais il se mérite. Il faut quitter les grands axes et emprunter
les petites routes de montagne, qui gravissent les sommets.
Sur la route entre Coire et les nuages, l'étrange petite ville de Davos.
Au milieu de nulle part, de grands magasins, des restaurants, des hôtels
sont perchés à près de 1600 mètres d'altitude. En hiver, son domaine
skiable est réputé. Mais Davos est surtout célèbre pour son G8.
Les représentants des 8 pays les plus puissants du monde ont choisi
cette petite station reculée, pour se réunir chaque année, au mois de
février. C'est alors un festival de personnages illustres, qui viennent
ici se cacher du regard des caméras.
Davos, 13 000 habitants, est capable de loger 24 000 visiteurs. C'est
une sorte de Mecque du tourisme, incontournable. Pour nous aussi.
Car aux Grisons, les distances ne sont pas les mêmes. Tout est toujours
très loin. Le soleil se cache derrière les montagnes qui encadrent Davos.
Le marchand de sable est passé.
Flüelapass
Le lendemain matin, nous gravissons près de 1000 m pour finalement atteindre
le col de la Flüela. Un panneau nous informe que nous nous trouvons
à 2380 mètres d'altitude. A l'intérieur des Grisons, c'est le sommet
le plus élevé qu'une voiture puisse atteindre. Ici, la neige s'accroche,
toute l'année. Un petit lac s'agite dans ce décor lunaire… à cette altitude,
les arbres ne poussent plus.
Un sentier parcourt les rives. Aux Grisons, il existe plus de 12 000km
de sentiers comme celui-ci. C'est presque l'équivalent du diamètre de
la Planète Terre.
Ce petit morceau de neige éternelle est à portée de main, avec Peter,
nous ne résistons pas. C'est encore l'été, mais la bise glaciale souffle
de toutes ses forces. Ici, au mois d'août, l'hiver est déjà en train
de s'installer.
Un petit kilomètre suffit à toucher cette neige d'été. Mais rapidement,
les mains gèlent, le nez coule et les oreilles souffrent. C'est là qu'interviennent
les patronnes de l'Hospice de la Flüela. Mère et fille gèrent ce petit
hôtel restaurant, qui appartient à la famille depuis le début du siècle.
Elles ont vu les dernières diligences gravir le col, se restaurer, se
reposer, avant de repartir affronter la montagne. Elles ont assisté
à la disparition des chevaux sur nos routes et à l'apparition de la
voiture… et des cars de touristes. Aujourd'hui, ce sont eux, les clients
de l'hospice. Il faut dire que la vue est redoutable et la cuisine typiquement
grisonne.
La patronne me recommande les solides " Capuns Grischuns". En cuisine,
le chef s'active.
Spätzlis, côtes de bettes, saucisson, jambon et crème. Ma ligne va en
prendre un coup. Assiette grisonne de viande séchée, coppa et jambon
cru pour Peter, il est plus raisonnable. La cuisine grisonne est réputée
et variée. Elle tourne presque toujours autour des viandes fumées, la
spécialité culinaire par excellence, qui s'exporte loin à la ronde.
Prévisible, je n'ai pas terminé mon assiette mais je me sens prête à
affronter la descente du col.
Engadine, le Romanche
Sur une distance de 30 km, nous descendons près de 1000 m. Autant dire
que la route tourne et descend, beaucoup. Après le col de la Flüela,
nous voilà en Engadine. Nous venons de franchir la frontière entre la
langue allemande et la langue romanche.
Le romanche. Ce n'est pas un patois, mais bel et bien une langue de
souche latine. Entre l'italien, le français, l'espagnol et même le portugais.
C'est surtout une langue belle et bien vivante, dans les vallées de
l'Engadine et de l'Oberland grison. On la parle, on l'apprend, on l'écrit.
7% des Suisses parlent cette langue, cela représente 40 000 personnes.
Et en 1938, le romanche est devenu la 4e langue officielle suisse.
Lavin
A Lavin, on entend les douces sonorités de ce savoureux romanche. Lavin
et ses cours d'eau, ses montagnes boisées, qui ont servi de décor au
film de " Heidi ", c'est dire si la région est belle.
Dans la petite boulangerie Giacometti, les clients se dépêchent, pendant
qu'il reste du pain. Derrière, la patronne fait la conversation aux
clients. En romanche, évidemment.
Madame jongle habilement entre l'italien, le français, l'allemand et
le romanche. Quadrilingue, rien que ça, mes respects.
En Engadine aussi, l'heure tourne. Comme on dit ici, " Grazie Vich "
et " a rivair ". Dernière étape, à l'entrée du village de Zernez.
Zernez, parc national suisse
C'est la porte d'entrée de la plus grande réserve naturelle suisse,
l'unique parc national du pays. Il s'étend sur plus de 170 km2 et atteint
l'altitude de 3200 mètres.
Le parc national suisse est soumis à un règlement très strict. L'homme
n'a pas le droit d'y intervenir. C'est un projet scientifique de longue
haleine, qui permet d'observer la forêt, laissée à son évolution naturelle.
On laisse la voiture sur des places numérotées, c'est le point de départ
des différentes balades autorisées dans le parc. Il est interdit de
s'écarter des sentiers, de toucher à la végétation ou aux animaux, de
perturber de quelque manière que ce soit, le rythme de la nature. Ici,
l'être humain n'est qu'un observateur.
Les troncs des arbres morts sont couchés au sol. Ils protègent les nouvelles
pousses. Lorsque le vent est le plus fort, il laisse sur son passage
des géants à terre, aux racines majestueuses. Ici plus qu'ailleurs,
la tempête Lothar a laissé des cicatrices. Mais ici, personne n'y touche,
on observe ce qu'il va se passer.
Hans Lazza est le responsable de la communication du parc. Il fait partie
de ses scientifiques qui, chaque jour, répertorient ce qu'il se passe
dans cette large étendue, inhabitée et inexploitée.
Déjà, le parc s'apprête à affronter l'hiver et son lot d'éboulements,
d'avalanches, d'arbres qui s'écroulent. Là encore, les scientifiques
n'interviendront pas et laisseront la nature suivre son rythme. Mais
le parc sera interdit aux visiteurs, trop dangereux, il affrontera seul
les mois les plus froids de l'année.
Le parc se termine à la frontière italienne. La Suisse offre au voyageur
son plus beau visage, pour mieux lui dire au revoir. La nuit tombe,
les prédateurs nocturnes relaient les visiteurs, il faut partir. A l'heure
à laquelle les nains de jardin redeviennent … des nains de jardin.
Texte complet de l'émission TV "Coucou la Suisse - canton
des Grisons"

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